IBM annonce l’arrivée de son nouveau processeur quantique supraconducteur de 127 qubits : EAGLE

IBM a annoncé, lors de la conférence “Quantum Summit 2021”, l’arrivée d’EAGLE, son processeur de 127 qubits et volerait donc la vedette à l’équipe du physicien chinois Pan Jianwei qui a conçu un système identique mais de “seulement” 66 qubits programmables : Zuchongzhi 2.1. Le Sycamore de Google ne compte quant lui “que” 53 qubits mais date de 2019.

Dans la course mondiale à l’informatique quantique, deux acteurs se disputent âprement la suprématie : les États-Unis et la Chine. La France tente de rattraper son retard, le gouvernement a alloué 1,8 milliard au secteur qui se développe rapidement. Deux sociétés, parmi elles, se distinguent : Quandela qui promet un premier ordinateur photonique complet en 2022 et Pasqal qui développe un ordinateur quantique de 100 qubits pour la fin de l’année avec pour objectif 200 à 300 qubits pour 2022 et 1000 qubits pour la fin 2023.

Aux États-Unis, IBM n’est pas le seul à s’intéresser à l’informatique quantique. En effet, Intel, Microsoft, Honeywell, Rigetti Computing et Google sont aussi dans la course. Mais IBM et Google tiennent le haut du pavé et se livrent à une lutte acharnée, n’hésitant pas à mettre en doute les avancées l’une de l’autre.

Google a donc lancé Sycamore, son ordinateur quantique de 54 qubits en 2019. En 2020,  IBM présentait Hummingbird, son microprocesseur quantique de 65 qubits qui succédait à Falcon, un processeur de 27 bits.

Pendant ce temps-là, les équipes chinoises de l’université des sciences et technologies de Chine (USTC) à Hefei concevaient Zuchongzhi de leur côté, il en est à sa troisième version de 66 qubits (avec au départ 56 qubits, puis 60 qubits).

Le prototype Zuchongzhi 2 a été annoncé le 25 octobre dernier dans la célèbre revue de physique Physics Review Letters. Les équipes chinoises n’auront pas beaucoup eu le temps de savourer leur exploit puisqu’avec EAGLE, IBM double presque leur meilleur score de qubits atteint par un processeur supraconducteur.

Chaque qubit supplémentaire représente un réel progrès en termes de capacité : contrairement aux ordinateurs classiques, dont la puissance augmente de manière linéaire au fur et à mesure de leur croissance, un qubit supplémentaire double effectivement la puissance potentielle d’un processeur quantique.

Pour Bob Sutor d’IBM, le cap des 100 qubits est plus psychologique que physique, il ajoute aussi :

“Avec Eagle, nous démontrons que nous pouvons évoluer, que nous pouvons commencer à générer suffisamment de qubits pour nous mettre sur la voie d’avoir une capacité de calcul suffisante pour résoudre les problèmes intéressants. C’est un tremplin vers de plus grosses machines.”

Pour Peter Leek de l’université d’Oxford, le nombre de qubits n’est pas forcément à lui seul synonyme de performance, il y a d’autres métriques qui doivent être examinées, dont aucune n’a encore été publiée pour Eagle.

“C’est définitivement positif, c’est bien qu’ils fassent quelque chose avec plus de qubits, mais finalement cela ne devient utile que lorsque le processeur fonctionne vraiment bien.”

IBM a également dévoilé ses projets pour l’avenir, avec un processeur Osprey de 433 qubits prévu pour 2022, suivi d’un processeur Condor de 1.121 qubits en 2023. Quantum System Two, au stade de concept, viendra par la suite remplacer Quantum System One car IBM veut se doter d’un ordinateur modulaire avec des systèmes cryogéniques plus denses. Ces derniers, très volumineux, sont nécessaires pour que les propriétés quantiques des qubits se manifestent. Le constructeur devrait présenter le premier prototype du Quantum System Two en 2023.

Jay Gambetta, vice-président Quantum a souligné :

“Nous pensons le Condor comme un point d’inflexion, une étape majeure qui marquera notre capacité à avoir corrigé les erreurs du passé et à optimiser nos appareils (pour accueillir l’informatique quantique) En parallèle, il sera assez complexe pour explorer le potentiel des avantages quantiques – c’est-à-dire, la capacité de résoudre des problèmes plus efficacement qu’avec tout autre super-ordinateur pré-existant.”

Source: ActuIA