El-Bouhmidi (1782-1848) : homme de grande culture, stratège militaire hors-pair et fidèle compagnon de l’Emir Abdelkader

Lorsqu’il décida de cesser la lutte,  la nuit du 21 décembre 1847, ébranlé par les multiples trahisons et les contraintes matérielles d’un combat inégal qu’il avait interprété comme une volonté divine, l’émir Abdelkader adressa officiellement au général Lamoricière une correspondance dans laquelle il imposait ses conditions à un arrêt des hostilités. A ces conditions, l’émir ajouta une sollicitation : « Je te prie également de t’intéresser à la mise en liberté de mon frère : El-Sidi-Mohammed Bouhmidi, le plus tôt possible, afin qu’il puisse m’accompagner. »

El-Sidi-Mohammed Bouhmidi

Ainsi au tournant décisif de vie, l’émir Abdelkader s’inquiétait du sort de son ami de toujours, son compagnon, son fidele frère El-Sidi-Mohammed Bouhmidi qu’il ne reverra plus jamais.

 En plus d’avoir été son fidele et précieux khalifa du Gharb, El-Sidi-Mohammed Bouhmidi fut un ami de toujours. Ils avaient été ensemble étudiants à la zaouia   d’ El Guetna de Sidi-Mohiédine. Devenu un savant légiste et un théologien érudit, El-Sidi-Mohammed Bouhmidi s’était joint très tôt au combat de l’émir. De par son érudition, son courage, sa piété, sa droiture et ses qualités guerrières  , Bouhmidi s’était imposé. Aux rudes montagnards des Traras.  C’est donc tout naturellement qu’il s’imposa comme chef de ces régions montagneuses longeant la méditerranée.

 De par son érudition, son courage, sa piété, sa droiture et ses qualités guerrières, Bouhmidi s’était imposé. Aux rudes montagnards des Traras.  C’est donc tout naturellement qu’il s’imposa comme chef des régions montagneuses, contrôlant une grande partie de la cote de  la méditerranée et s’ouvrant  sur le Maroc voisin.

Brillant stratège militaire, la khalifa fut de toutes les batailles. Dans sa circonscription, le khalifalik du Gharb : il a dirigé toutes les attaques contre les Français, à la Tafna, à Sidi-Yacoub, à la Sikak, dans les Traras et plus tard à Sidi-Brahim. Mais aussi en dehors de sa circonscription, comme ce fut le cas, en  décembre 1835 ,dans la bataille de l’Habra, aux portes de Mascara, loin de son fief des Traras.

Dar el Bouhmidi a Tlemcen

Designé khalifa du Ghrab par l’emir Abdelkader Mohamed al-Bouhmidi fixa le siege de son autorité à Tlemcen dans une residence  au style maghrébin avec patio, péristyle…que  les habitants de la ville de Tlemcen designeront desormais sous le nom de « Dar Mohamed al-Bouhmidi ». Les francais en feront en 1842, lors de l’occupation de Tlemcen esiège de l’autorité militaire coloniale sous le nom de «Dar al-Djininar» et deviendra lors de la guerre de liberation nationale , un centre de tortures.

«Ahkam Al-Bouhmidi»

La mémoire collective de la ville de Tlemcen et de sa region ont gardé également  le respectueux souvenirs des «Ahkam Al-Bouhmidi», les decrets de Al Bouhmidi caracterisés par leur sagesse mais aussi par la rigueur dans leur aplplication.

Ce sont ces ahkam el Bouhamidi qui sont à l’origine de l’organisation  de son vadte khalifalik du Gharb,  de la construction de divers edifices civils et militaires , de la fondation d’une industrie militaire si precieuse pour l’effort de  guerre contre une puissance europeenne.

Bouhmidi défie le général Clauzel à la bataille de l’Habra

En 1835, rompant  le traité  Desmichels (1834), le général Trézel reprend les hostilités, mais subit un revers grave à la Macta (juin 1835) .Les français décident alors de lancer une attaque contre sa capitale, Mascara. Une colonne française de 11 000 hommes1, commandée par Clauzel lui-même, accompagné du duc d’Orléans, fils de Louis-Philippe décide d’attaquer Mascara. L’émir Abd el-Kader  bat le rassemblement de ses troupes et manœuvrant  habilement se positionna sur les montagnes sur une position protégée . Ce fut Bouhamidi et ses braves oulhaca venus prêter main forte à l’émir qui ralentirent les troupes durant 5 précieux jours , permettant aux habitants de la ville de Mascara de se mettre à l’abri. Si bien que lorsqu’il put se dégager, le général Clauzel trouva la ville de Mascara abandonnée par ses habitants et en feu.

Les francais occupent l’ile de Rachgoun

Afin d’empêcher  l’introduction des armes et des munitions de guerre que l’émir se faisait envoyer de Gibraltar et de Tanger, le gouverneur fit occuper l’île de Rachgoun, qui commande l’embouchure de la Tafna. Le 25 janvier 1836,  le maréchal Clauzel quittant Tlemcen,à la téte d’une. colonne forte de deux mille quatre cents hommes d’infanterie, de six pièces d’artillerie, des chasseurs d’Afrique, des cavaliers d’El-Mzari, et de ces mêmes coulouglis  dirige une offensive pour occuper  l’ile . Il est vigoureusement intercepté par  les guerriers de Bouhamidi aux abord de la Tafna qui se battirent avec opiniatreté . Un  porte-drapeau de Bouhamidi  sur le point d’ête pris  « , lança son cheval par-dessus la berge à pic ; le cheval et le cavalier roulèrent morts sur la grève, mais le drapeau, recueilli par un Arabe, ne tomba pas aux mains des infidèles ». Le maréchal fut contraint de battre en retraite, violemment assaillie.

Les négociations Bouhmidi-Franconin

Quand il est affecté au commandement de la garnison de l’ile de Rachgoun, le capitaine Franconin, du 1er bataillon d’infanterie d’Afrique commandait fut chargée d’une mission secrète et précise de la part du Gouverneur General de l’Algérie , le général Drouet d’Erlon. Les archives établissent que plusieurs lettres  furent  adressées par le général Drouet d’Erlon, gouverneur général :  au capitaine Franconin en  juin 1835)

la garnison de l’ile de Rachgoun. « Cet officier avait cherché à se mettre en rapport avec Mohammed-Bou-Hamidi, kaïd des Ouélassa ; il y était parvenu par le moyen d’un juif d’Oran, qui s’était fait fort de détacher le chef de la cause d’Abd-el-Kader. Bou-Hamidi et Franconin eurent une entrevue sur le rivage. On parla de paix, mais on ne se comprit de part ni d’autre, car M. Franconin, conformément à ses instructions, ne négociait que pour séparer les Ouélassa de l’Émir, et Bou-Hamidi crut, ou peut-être feignit, de croire, que la paix que l’on voulait faire était demandée à Abd-elKader par son intermédiaire. Dans d’autres entrevues tout s’expliqua ; le kaïd déclara alors qu’il n’entendait pas faire défection à l’Émir, qu’il avait, dès le principe, porté à sa connaissance les ouvertures des Français, que la réponse d’Abd-el-Kader était favorable à la paix, mais que l’Émir ne traiterait qu’avec le Roi, et non avec des généraux que l’on changeait trop souvent pour qu’il y eût rien de stable avec eux. Dès lors les négociations furent rompues. »[1]

Depuis les français décrivent Bouhmidi de  « fanatique et entêté qui n’écoute que l’émir  et n’en fait qu’à sa tête ».

la bataille de Sidi Yacoub,  le 25 avril 1836

« Le général français, bloqué dans son camp, ne pouvait ni communiquer avec Tlemcen, ni retourner par terre à Oran. L’Émir établit son quartier général à Nédroma, petite ville peu éloignée de la Tafna. Une division de son armée se posta sur la route de Tlemcen, au confluent de la Tafna et de l’Isser, et une autre sur celle d’Oran. Chaque jour, les éclaireurs ennemis venaient tirailler avec les avant-postes français, et inquiéter les fourrages. Il devint impossible de sortir du camp ».

Le 25 avril 1836 à l’aube, le général d’Arlanges, avec l’infanterie et la cavalerie se porta en avant vers le marabout et le village de Sidi-Yagoub, à l’ouest de la route de Tlemcen. Les spahis réguliers tenterent  une sortie ,ils durent

La préparation du traité de la Tafna.

Les negociations qui devaient aboutir au traité de la Tafna ont commencé  en Avril 1837 (quelques semaines avant la rencontre entre Bugeaud et l’Emir Abd-El-Kader, à Rachgoun)

C’est le khalifa Bouhmidi qui es considéré comme l’un des rédacteurs du Traité de la Tafna (30 mai 1837) avec les caids Mohamed Bendeddouche, Hammadi Sekkal Le 6 Juin 1836, le général Bugeaud débarquait à l’embouchure de la Tafna avec trois nouveaux régiments et des instructions qui lui recommandaient de faire la paix avec Abd-El-Kader, ou d’en finir avec lui. Bugeaud n’a pas pu faire la conjonction avec Cavaignac, enfermé à Tlemcen qui « achetait des chats à 40 francs pièce, pour en faire le menu de son diner » (In : C.-H. Churchill, « La vie d’Abd-El-Kader », p.119). Bugeaud tentera une négociation avec 6 propositions comme base d’accords. L’Emir demandera le Tittery. Un nouveau texte en 5 articles fut proposé par Bugeaud à l’Emir qui se trouvait à Médéa où il avait déjà ouvert des négociations avec le général Damrémont, nouveau gouverneur général de l’Algérie. Le ministère de la guerre décida que seul Bugeaud avait latitude à négocier avec l’Emir qui enverra, le 12 Mai 1837, un texte avec 11 propositions. Quant à l’article 1 « l’Emir (ne) reconnait la souveraineté de la France » que sur 1/3 très restreint du territoire algérien, puisque les 2/3 restants l’étaient sous son autorité Le traité est d’ailleus rsigné à  Rachgoun2 près de l’embouchure de la Tafna , le 30 mai 1837 , en presence de khalifa Bouhamidi   Pour beaucoups , « L’Etat algérien a été consacré le jour de la Tafna ». 

Le khalifa du Gharb

     En 1837, quand il organisa les structures de son état, Abdelkade rmaintient   el Bouhmidi au commandement du khalifat de l’ouest. Il assura cette charge avec détermination jusqu’à sa mystérieuse disparition au Maroc dans les années 1845-1846, comme on va le voir plus loin.

Le khalifalik du Gharb qui incombait à Bouhamidi, était de loin celui qui présentait le plus d’avantages stratégiques dans l’état de l’émir.

Bouhamidi et l’industrie militaire 

Profitant de la trêve de la Tafna, l’émir entreprit de mettre sur pied une industrie militaire.  Dans cet objectif, Bouhmidi joua un rôle déterminant. Il a assuré la sécurité d’une mission scientifique venue d’Alger à demande de l’émir et conduite par le maltais Bartolo . Cette mission constituée de spécialistes juifs de Tunis, de maures d’Alger et des ouvriers munis de matériels et d’outils avait pour mission d’explorer le pays des oulhaca ou l’on soupçonne la présence de mines abondantes.

Repêcher des canons de la mer

Le khalifa Bouhamidi ne négligea aucune potentialité ,y compris les épaves des navires coulés a proximité des cotes de Ghazaouet, Honaine , etc.  Des sources fiables  signalent qu’en 1838, le khalifa El Bouhmidi fit retirer de la mer prés de  Mersa sidi Oucha  5 pièces de canons qui proviennent d’un batiment naufragé depuis longtemps.

Bâtisseur d’établissements militaires

Pour contrôler et protéger les populations des  Angades et des Beni Snassen ,  il lança en 1837 un vaste programme de constructions .d’établissements militaires sur les monts des Beni Snous.

Craignant une attaque sur Tlemcen Il fait  construire  le fort de Tafaraoua à Sebdou  et demanda aux habitants de Tlemcen de se préparer à s’y refugier en cas de guerre,

 Bloquer les français à Oran

En 1838, voulant soumettre Oran occupée par les français à une sorte de blocus commercial, le khalifa El Bouhmidi  empêcha les tribus du désert apportant  à Oran des dépouilles d’autruches, des dattes et des laines à rebrousser chemin  en les bloquant non loin du djebel  Tessala .

 L’embuscade de Misserghin

 En octobre 1839, les troupes françaises  entreprennent l’expédition des Portes de Fer violant de manière flagrante et surtout provocante les dispositions du traité de la Tafna. Repliquant à cette violation , le 15 octobre 1839, informe loyalement  le général Valée du retour à l’état de guerre.

  Des lors les lignes françaises furent harceléé. Les premiers etablissements coloniaux de la Mitidja , aux portes d’Alger sont saccagés. Bouhamidi de son coté  multiplie les attaques contre les troupes francaises  dans le Gharb. Le 12 mars 1840,  BouHamedi monte une embuscade aux environs de Misserghin et remporte une eclatante victoire sur les troupes françaises.

Le Colonel Scott signale dans ses ecrits une razzia entreprise par Bouhamidi  « on a tiré un salut royal de sept canons, pour commémorer une victoire remportée par Bouhamidi, qui avait fait une incursion dans les murs d’Oran, ramenant soixante-quinze femmes, cent cinquante chevaux. »[1]

La mort de Bouhmidi

 En 1845, Mohamed al-Bouhmidi se rend au Maroc avec mission de rencontrer le roi Moulay Abderrahmane  pour lui faire part de l’inquiétude de l’Emir Abdelkader suite au Traité de Tanger  signé  le 10 septembre 1844 par le roi et Louis-Philippe  et faisant de l’emir Abdelkader  « un hors la loi » qu’il conviendrait de poursuivre en Algérie comme  au Maroc . Il s’agissait alors d’une mission  des plus redoutables, les algériens étant désormais déclarés hors la loi sur le territoire marocain.

El Bouhmidi  était parfaitement conscient du danger qu’il courait en entreprenant cette mission. A la veille de son départ pour  Fès,  il rédigea un poème émouvant exprimant son amour et son attachement à sa patrie et également l’horrible douleur de se  séparer  de   sa terre qu’il a défendu de toute sa force jusqu’à l’ultime sacrifice.

Jeté dans les geôles du roi du Maroc, on ne sut jamais  ce qu’il advint de ce grand combattant et homme de culture.

Selon des légendes locales, El Bouhmidi reposerait, dans un anonymat quasi-total, dans un mausolée à “Ghar El Baroud” à 4 km environ au sud de Béni Saf. On ne sait pas comment la dépouille fut rapatriée du Maroc vers “Ghar El Baroud”. Certaines sources soutiennent qu’il ne s’agirait, en fait, que du corps d’un des descendants de cet illustre homme qui serait enseveli à Ghar El Baroud”.